Aller au contenu principal

Faire de l’incertitude une ressource : l’Happenstance Learning Theory

cio |

cio
28 April 2026 , modifié le 22 May 2026
 
Plutôt que de chercher à réduire l’incertitude, l’Happenstance Learning Theory, développée par John Krumboltz, propose de reconnaître le hasard comme une composante inévitable des trajectoires professionnelles. Dans un contexte marqué par l’instabilité des parcours, l’accélération des transformations du travail et la multiplicité des possibles, cette approche offre un cadre particulièrement pertinent dans l’accompagnement à l’orientation.
 
Selon cette théorie, les parcours professionnels ne résultent pas uniquement de décisions rationnelles et planifiées. Ils se construisent aussi à partir d’événements imprévus, de rencontres fortuites et d’opportunités inattendues. Loin d’être des “perturbations”, ces éléments constituent au contraire des leviers de développement. L’incertitude cesse alors d’être un problème à résoudre pour devenir une ressource à mobiliser.
 
L’enjeu de l’orientation se déplace alors : il ne s’agit plus uniquement de faire un choix trouver « le bon choix », mais également de développer une posture permettant de transformer l’imprévu en opportunité d’apprentissage, d’ajustement et d’évolution.
 
Dans ce cadre, les pratiques d’accompagnement évoluent : 
  1. D’abord, les outils d’orientation ne sont pas prescriptifs : ils doivent soutenir un processus d’exploration et de connaissance de soi. Ce sont des médiateurs de réflexion plutôt que des instruments de décision.

  2. Ensuite, l’objectif central est le renforcement du pouvoir d’agir des personnes accompagnées. Il s’agit de développer leur capacité à initier des actions, à tester des hypothèses et à apprendre de leurs expériences.

  3. Troisièmement, l’exploration active est considérée comme un moteur essentiel : c’est dans l’action que des opportunités émergent. Afin de soutenir cette exploration, cinq compétences sont à développer (voir point suivant).

  4. Enfin, l’efficacité d’un accompagnement se mesure aux actions concrètes entreprises après celui-ci. Comme le souligne Krumboltz : « Lorsque l’on est dans l’action, des choses inattendues arrivent. Si l’on ne fait rien, rien ne se passe. » 

 
La théorie identifie un ensemble de compétences clés, qui peuvent être travaillées dans l’accompagnement :
 
  • La curiosité : explorer activement de nouvelles pistes, s’exposer à des environnements inconnus, multiplier les sources d’information.

  • La persévérance : maintenir l’engagement malgré les obstacles, intégrer les échecs comme des étapes d’apprentissage.

  • La flexibilité : ajuster ses représentations, ses objectifs et ses stratégies en fonction des retours du réel.

  • L’optimisme : considérer l’incertitude non comme une menace mais comme un espace de possibles.

  • La prise de risque : oser agir sans garantie de résultat, accepter une part d’inconfort dans l’expérimentation.

 
Ces compétences traduisent une posture dynamique face à l’environnement, où l’individu devient acteur de ses opportunités plutôt que simple gestionnaire de contraintes.
 
Dans les dispositifs d’accompagnement, cette approche se décline de manière opérationnelle :
  • Cartographier plusieurs pistes inattendues à partir d’un centre d’intérêt, afin d’élargir le champ des possibles.

  • Travailler les récits d’échec pour en extraire les apprentissages associés.

  • Questionner les scénarios uniques (« et si ce plan ne fonctionnait pas ? ») pour ouvrir des alternatives.

  • Identifier des opportunités réelles dans l’environnement proche (rencontres, stages, immersions).

  • Découper les actions en étapes à faible enjeu, facilitant le passage à l’action et limitant la peur de l’erreur.

 
Dans cette logique, « provoquer sa chance » revient à multiplier les occasions d’apprendre : rencontrer, expérimenter, tester, ajuster. Ce principe rejoint les approches expérientielles (pour en savoir plus : voir Newsletter 15).
 
Les résultats de l’étude menée par Actuel Group en partenariat avec l’EM Normandie font directement écho aux fondements de l’Happenstance Learning Theory. Elle met en évidence que les parcours professionnels ne reposent plus sur la solidité d’un projet initial mais sur la capacité à naviguer dans l’incertitude. Pour en savoir plus, retrouvez l’article dans les ressources.