Léopold Beyaert - Des yoïks de jeunes Samis à l’ère de l’extractivisme vert
espo | Louvain-la-Neuve, Mons
Léopold Beyaert
soutiendra publiquement sa dissertation
Des yoïks de jeunes Samis à l’ère de l’extractivisme vert
le vendredi 16 janvier 2025
à 15h
au DOY 21
Résumé
Le yoïk sami désigne une modalité de l’action visant à projeter une ambiance de proximité à partir d’une technique vocale impressionniste. La yoikeuse Berit Alette Mienna décrivait le yoïk comme un ressenti potentiellement bouleversant lié à l’expérience « d’être vue », « comprise » et dans certains cas « aimée ». Il s’agit, à travers l’action de yoïker, de mieux entendre et de mieux comprendre autrui dans qui il a été, est et sera pour celui qui le yoïke. Une personne qui reçoit son propre yoïk, apparait poétiquement dans le lieu, dans le moment, dans sa communauté. Elle peut se trouver par-là reconnue et honorée au sein d’une présence historique. Loin de se restreindre au passé ou au symbolique, les yoïks des Samis constituent, pour des jeunes appartenant à ce peuple autochtone d’Europe du Nord, de riches façons de se reconnaitre entre-eux et de s’engager ensemble dans l’imprévisibilité du monde contemporain marqué par le dérèglement climatique et la transition énergétique. Basée dans la communauté samie de Jåhkåmåhkke à Sábme, le territoire qualifié d’« ancestral » par les Samis, cette ethnographie documente la manière dont des jeunes Samis font usage de la parole poétique pour poursuivre des processus complexes de reconnaissance. En plus de contribuer au renouvellement des liens socioterritoriaux incluant des personnes non-humaines ainsi que des lieux de vie et de mémoire, les yoïks peuvent servir à répondre à des stigmates, des stéréotypes et d’autres problématiques de méconnaissance liées à l’héritage du colonialisme en Suède. Ils peuvent également donner la réplique à des configurations exclusivement extractives et abstraites de l’espace. Le conflit minier à Gállok, qui se situe près du village de Jåhkåmåhkke, constitue une problématique d’actualité dans laquelle la lutte pour la reconnaissance de droits samis autochtones rencontre les enjeux de protection de l’environnement et du boom minier de la transition énergétique. Une mine à Gállok provoquerait de nombreuses pollutions et perturberait fortement les dynamiques de l’élevage de rennes sami dans cette région, déjà fortement sous pression. Si pour les jeunes Samis les mines peuvent constituer des opportunités économiques attractives, beaucoup d’entre eux souhaitent aussi continuer à vivre et à transmettre des façons spécifiques d’habiter leurs lieux. Dans ces situations conflictuelles, des jeunes Samis utilisent des récits et des yoïks comme des cadres d’interprétation et d’expression critiques plaçant au centre de leurs actions des rapports de responsabilité et de réciprocité avec l’environnement. Les yoïks déploient ainsi une présence historique dans laquelle des jeunes Samis s’engagent pour perpétuer les conditions matérielles, sociales et philosophiques de leur liberté collective.
Membres du jury
Prof. Frédéric Laugrand (UCLouvain), promoteur
Dr. Lionel Simon (UCLouvain), président du jury
Prof. Anne-Marie Vuillemenot (UCLouvain), secrétaire du jury
Prof. Rossella Ragazzi (UiT University Arctique of Norway), évaluatrice externe
Prof. Laurent Legrain (Université de Toulouse Jean Jaurès), évaluateur externe
Prof. Béatrice Collignon (Université Bordeaux Montaigne), évaluatrice externe
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