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LISP 3200 | La résistance humaine

isp | Louvain-la-Neuve

isp
10 February 2026, modifié le 11 February 2026

Le séminaire de troisième cycle LISP3200

sera consacré à la question de la résistance de l’humain dans trois contextes différents.

Nous tenterons de comprendre

1) ce qui résiste au cœur de la violence extrême, la torture et la déshumanisation dans le contexte des guerres (avec la participation de Nibras Chehayed / CéSor - CNRS/EHESS),

2) ce qui permet de résister moralement et politiquement dans des contextes délétères et pervertis (Nathalie Frogneux) et

3) ce qui permet de résister à l’emprise numérique sur l’esprit et la société (Mark Hunyadi).

Présentation générale du séminaire par Mark Hunyadi, Nibras Chehayed et Nathalie Frogneux

Le survivant à la mort de l’autre (Nibras Chehayed)

La première séance sera consacrée à la question du deuil, tant dans sa possibilité que dans son impossibilité structurelle au sein de contextes marqués par les massacres de masse. La réflexion s’élaborera à partir de l’art, envisagé comme un espace privilégié de pensée ontologique. Si l’impossibilité du deuil s’impose ici comme un fait, l’art des survivants peut parfois en faire le lieu d’un choix hyperbolique, à la fois éthique et esthétique. Lorsque les vivants échouent à accorder aux victimes massacrées la place symbolique susceptible de reconfigurer le monde lui-même à partir de leur disparition, l’œuvre d’art offre alors un espace pour repenser le monde à partir du corps mort. Elle confère aux défunts une présence maximale, profondément perturbatrice, qui met en crise la couleur, le sens et le langage, et inaugure ainsi de nouvelles modalités de l’être-au-monde.

Bibliographie :

  • texte sur le deuil tiré de Béliers de Jacques Derrida sur le deuil et la poésie.

Le survivant au siège (Nibras Chehayed)

La seconde séance déplacera la focale vers l’expérience du siège, en s’attachant, là encore à travers l’art, à des formes de résistance inattendues. Elle sera consacrée à l’analyse de gestes esthétiques consistant à domestiquer les armes mêmes par lesquelles les assiégés sont bombardés. Il s’agira d’abord de penser les procédés plastiques mis en œuvre par certains artistes syriens pour travailler le matériau de la mort et le convertir en matériau de vie. Dans le même mouvement, cette séance interrogera la portée ontologique de telles entreprises esthétiques : faire monde en remodelant ce qui avait été initialement produit pour anéantir toute possibilité de monde.

Bibliographie :

  • « Témoignage de Zayn ». In Samar Yazbek, 19 femmes, Stock, 2019.
  • Nibras Chehayed et Guillaume de Vaulx, « Le chiffonnier de la destructivité ». In La destructivité en œuvres, Presses de l’Ifpo, 2021.

Le survivant de la torture (Nibras Chehayed)

La troisième séance proposera une traversée des sous-sols des centres de torture, toujours à partir des pratiques artistiques. Il s’agira plus précisément d’analyser la manière dont des artistes rescapés retravaillent une mémoire profondément blessée, non seulement afin de restituer l’expérience de la détention et les violences subies, mais aussi pour saisir l’une des visées ultimes du dispositif tortionnaire : la fabrication d’un corps pandémoniaque. C’est en examinant les manifestations plastiques de ce corps que nous tenterons de passer d’une description des pratiques tortionnaire vers une conceptualisation philosophique de la torture.

Bibliographie :

  • Jean Améry, « La Torture ». In Par-delà le crime et le châtiment, Actes Sud, 1995.
  • Pierre-Antoine Fabre, « Torture et vérité ». In Le Genre humain, 2009/1 N° 48 (texte qui s’inscrit dans la perspective ouverte par Michel de Certeau sur la torture, mais beaucoup plus accessible & dynamique).

La dérive du langage (Nathalie Frogneux)

Lors de la deuxième partie du séminaire, nous verrons comment la dérive autoritaire induit un travail de la langue et la pervertit (novlangue selon Georges Orwell, LTI de Klemperer, euphémisation, inversion). La langue joue un rôle central dans la dérive fasciste qui la force à devenir non seulement mensongère, mais même insignifiante. 

Texte :

  • U. Eco, Reconnaître le fascisme, Paris, Grasset, 2024. 
  • B. Cassin, La guerre des mots. Trump, Poutine et l’Europe, Paris, Flammarion, 2025. 

La culture du baratin à l’assaut du réel (Nathalie Frogneux)

Si le mensonge suppose de se détourner de la vérité au profit du faux, le baratin revendique en revanche de se détourner de la distinction entre vrai et faux. 

Comment résister au mensonge généralisé et à la culture du baratin généralisé ?  Peut-on parler d’une culture contemporaine de la post-vérité (avec son système politique Clément Viktorovitch) à laquelle correspond un type anthropologique et dans ce cas lequel ? 

Texte : 

  • H. Arendt, « Mensonge et politique »

Les informations relatives à ce séminaire seront ajoutées prochainement.

Les informations relatives à ce séminaire seront ajoutées prochainement.

L’emprise du numérique et des « métatechnologies » (Mark Hunyadi)

Dans la troisième partie de ce séminaire, nous nous intéresserons aux formes de résistance possibles à l’emprise du numérique et des « métatechnologies ». Nous évoquerons les travaux d’Anne Alombert (qui, dans la lignée de Bernard Stiegler, propose « un nouvel âge de l’esprit »), d’Yves Citton (qui propose une forme d’activisme attentionnel pour résister au capitalisme des plateformes), ainsi que la proposition de Mark Hunyadi qui propose, pour dépasser l le modèle actuel des droits individuels (représenté exemplairement par Luciano Floridi), un nouveau cadre normatif autour des « droits de l’esprit humain ». Nous verrons également, à l’occasion de ces lectures, comment une politique de résistance face au numérique pose le problème méta-théorique de sa définition, laquelle oriente nécessairement toute prise de position normative à son égard, définition qui toutefois ne peut pas ignorer les conditions matérielles qui rendent simplement possibles le monde numérique.