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Défense publique de thèse - Bianca FELICORI

lab | Louvain-la-Neuve, Bruxelles Saint-Gilles, Tournai

lab
3 April 2026, modifié le 8 April 2026
PhD

Les processus artistiques dans la fondation d’une « nouvelle architecture », 1951–1969


Mercredi 6 mai 2026 - 17:30 - Site de Bruxelles - Salle de réunion AV-02 - Rue Wafelaerts, 47/51 - 1060 Bruxelles


Cette thèse reconstruit les origines de la « nouvelle architecture » (Celant, 1968) qui prend forme entre 1951 et 1969, période au cours de laquelle la génération d’architectes d’après-guerre, en Europe et aux États-Unis, cherche à refonder la discipline à travers des processus artistiques. Émergeant dans un contexte de crise politique, civile et culturelle, cette génération identifie dans l’architecture un champ d’expérimentation capable d’absorber les impulsions issues d’une forme spécifique d’art, nourrie par la culture de masse, les nouvelles technologies et les nouveaux rythmes de la vie quotidienne définis par la société de consommation.
La thèse retrace la généalogie de ce déplacement à travers deux expériences distinctes, mais réunies par une même attention aux « inter-arts » (Penrose, Read, 1946) : à Londres, la naissance d’Archigram, publication conçue comme un laboratoire expérimental sur papier ; à Florence, la fondation du groupe de Superstudio, dont le travail — à partir de l’exposition Superarchitettura — affirme une dimension collective de l’auteur et élargit l’architecture à un champ conceptuel.

La reconstruction de cette généalogie implique de remonter à 1945, moment où culture, art et architecture deviennent des instruments politiques dans la reconstruction du Royaume-Uni et de l’Italie. Au Royaume-Uni, le Festival of Britain (1951) cristallise un nouveau climat culturel, tandis qu’en Italie, la promotion de la « figuration » par le Parti communiste structure le débat artistique. 

Dans ces cadres, la thèse examine les années de formation, les premiers projets et les références initiales des figures constituant le noyau originel d’Archigram et de Superstudio : Peter Cook (1936), David Greene (1937) et Michael Webb (1937) — auteurs du premier numéro d’Archigram — ainsi qu’Adolfo Natalini (1941-2020), fondateur de Superstudio, engagé dans une pratique artistique dès les années précédant la formation du groupe. 

Pour Cook, Greene et Webb, l’Independent Group joue un rôle central à travers des expositions telles que Growth and Form (1951), Parallel of Life and Art (1953) et This Is Tomorrow (1956), qui introduisent la notion d’« inter-arts » en articulant technologie, mécanisation et imagerie médiatique. Ces principes structurent les quatre premiers numéros d’Archigram (1961–1964) et accompagnent l’émergence d’une « nouvelle génération » (Archigram, 1961) qui conçoit l’architecture comme un produit consommable, adopte le principe d’« expendability » (Archigram, 1963) et trouve une formulation particulièrement aboutie dans le projet Plug-in City de Cook (1964). Pour Superstudio, à travers la peinture, les expositions, les voyages entre Florence et Londres et les rencontres avec les œuvres de Lucio Fontana, Alberto Burri, Eduardo Paolozzi, Robert Rauschenberg ou encore le Gruppo 70, Natalini élabore une conception de l’œuvre comme art « habitable » (Natalini, 1963), titre d’un tableau de 1963 qui précède l’exposition Arte abitabile de Michelangelo Pistoletto, Piero Gilardi et Gianni Piacentino (Galleria Sperone, Turin, 1966). Cette notion, qui étend les limites de la toile et ouvre de nouvelles perspectives pour l’architecture, se manifeste dans ses œuvres et projets étudiants (1962–1966) avant de converger dans les premiers travaux de Superstudio (1966–1969). Le Monumento Continuo en représente l’aboutissement : une série de photomontages qui transforme l’architecture en une forme de « Land Art » et inscrit le groupe dans une condition d’« interartisticité » (Miccini, 1966).

Les notions d’« inter-arts » et d’« interartisticité » deviennent ainsi centrales pour penser la nouvelle relation entre art et architecture, au-delà de la « synthèse des arts » de Le Corbusier (1928) et de la triade architecture-peinture-sculpture de Gio Ponti (1932). Un champ conceptuel « inter », que Natalini qualifiera de « no man’s land » (Natalini, 1965), constitue le terrain commun sur lequel Archigram et Superstudio fondent leur « nouvelle architecture ». Avec le temps, ce territoire s’étend en un « inter-landscape », révélant combien les fondements artistiques de leurs pratiques transforment en profondeur les possibilités expressives de la discipline.


Membres du Jury

Prof. Beatrice Lampariello (UCLouvain), Promoteur

Prof. Gérald Ledent (UCLouvain), Promoteur et Secrétaire

Prof. Sergio Altomonte (UCLouvain), Président

Prof. Lara Conte (Università Roma Tre, Italy)

Prof. Anna Rosellini (UniBo, Italy – Paris-Est, France)

Prof. Javier Fernandez Contreras (HEAD – Genève, Switzerland)

Pay attention : the public defense of Bianca Felicori will also take place in the form of a videoconference