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Dans le bassin du Congo, des lacs relâchent du carbone vieux de plusieurs milliers d’années

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24 February 2026

En bref : 

  • Les tourbières du bassin du Congo, qui accumulent du carbone depuis des millénaires, libèrent aujourd’hui une partie de ce carbone enfoui, selon une étude menée par l’UCLouvain et l’ETH Zurich.
  • Contrairement aux idées reçues, les tourbières et les lacs d’eau noire ne sont pas de simples puits de carbone qui stockent le CO₂ : ils constituent des vecteurs de transfert du carbone ancien des tourbières vers l’atmosphère, avec des impacts sur le bilan carbone régional et le climat mondial.

Contact presse :
Kristof Van Oost, professeur à l’Ecole de géographie de l’UCLouvain : gsm sur demande, kristof.vanoost@uclouvain.be 

Des scientifiques de l’UCLouvain et de l’ETH Zurich viennent de mettre en évidence un phénomène jusqu’ici méconnu : dans le bassin du Congo, certains grands lacs situés au cœur des tourbières tropicales libèrent dans l’atmosphère du carbone stocké depuis des millénaires. Cette découverte majeure, publiée dans la revue Nature Geoscience, souligne la vulnérabilité potentielle de l’un des plus grands réservoirs de carbone de la planète face aux changements environnementaux.

Pour mener cette recherche, les scientifiques ont passé six semaines à bord d’un bateau dans le bassin du Kasaï, au cœur de la cuvette congolaise, afin de collecter des échantillons et d’observer ces écosystèmes encore très peu étudiés. Les tourbières du bassin du Congo, situé au cœur de l’Afrique, constituent l’un des plus grands réservoirs naturels de carbone au monde. Bien qu’elles ne couvrent qu’une infime partie de la surface terrestre, elles concentrent près d’un tiers du carbone stocké dans les tourbières tropicales. Ce carbone s’est accumulé au fil des millénaires sous forme de matière végétale peu décomposée, piégée dans des sols saturés en eau, que l’on pensait jusqu’ici relativement stables.

En analysant l’eau du lac Mai-Ndombe, le plus grand lac de la région, ainsi que celle du lac Tumba, les scientifiques ont mesuré l’âge du dioxyde de carbone dissous grâce à des techniques de datation isotopique. Leurs résultats montrent que jusqu’à 40 % du CO₂ libéré dans l’atmosphère provient de tourbes anciennes, parfois âgées de plusieurs milliers d’années, et non uniquement de végétation récente. Ces observations révèlent que les lacs agissent comme des vecteurs de transfert : ils reçoivent du carbone ancien provenant des tourbières environnantes et en facilitent l’émission vers l’atmosphère.

L’enjeu est désormais de déterminer si ce phénomène correspond à un équilibre naturel ou s’il traduit une fragilisation progressive de ces écosystèmes. Les résultats suggèrent également que le changement climatique pourrait accentuer ce processus. Des périodes de sécheresse plus longues risquent d’assécher les tourbières, favorisant la décomposition de la matière organique et la libération du CO₂. Les analyses montrent aussi que des niveaux d’eau plus bas favorisent les émissions de méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant.

À ces effets climatiques s’ajoute la pression croissante liée aux activités humaines. La déforestation, notamment liée à l’extension des terres agricoles, perturbe le cycle de l’eau et accentue l’assèchement des sols et des lacs. À terme, ces transformations pourraient accélérer encore la libération du carbone stocké depuis des millénaires.

Par cette recherche, l’UCLouvain confirme son engagement dans l’étude des grands enjeux environnementaux mondiaux. En combinant travail de terrain dans des conditions exigeantes, analyses de pointe et collaboration internationale, ses scientifiques contribuent à une meilleure compréhension du bassin du Congo, un écosystème clé pour l’équilibre climatique de la planète.