« Humus » : de la science citoyenne pour découvrir de nouveaux antibiotiques
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Avec le projet « Humus », l’Institut de Duve lance un plan d’actions inédit en Belgique francophone : trouver des molécules aux propriétés antibiotiques dans nos sols avec le concours de milliers de citoyens. Explications avec le professeur Jean-François Collet qui dirige ce projet.
Quel est l’objectif de ce projet de recherche ?
En réalité, il y a plusieurs objectifs. C’est d’abord une façon très concrète de découvrir de nouvelles molécules permettant de mettre au point de nouveaux antibiotiques dont on a cruellement besoin. Car l’antibiorésistance, c’est-à-dire quand une bactérie devient résistante aux antibiotiques, est une menace très lourde sur la santé. Si aucune action n’est menée, 10 millions de décès seront directement attribués à l’antibiorésistance chaque année d’ici 2050, d’après l’OMS.
Ensuite, c’est un projet qui va impliquer des milliers de citoyens, sollicités pour récolter des échantillons des sols que nous analyserons. Ce qui aura aussi comme impact de rapprocher les citoyens de la recherche, d’expliquer la démarche scientifique et de sensibiliser à l’antibiorésistance. Et peut-être de faire naître des vocations de chercheuses et chercheurs…
Un projet similaire a déjà eu lieu en Australie. Vous vous en inspirez ?
Oui tout à fait puisque l’idée de « Humus » a germé l’an dernier quand j’ai été invité à un congrès en Australie. J’ai découvert le projet « Soils for Science » à l’université du Queensland qui a été un véritable succès puisqu’en trois ans, grâce aux citoyens, plus de 10.000 échantillons ont été récoltés, les chercheurs ont trouvé des molécules qui n’avaient jamais été détectées et identifiées, l’industrie pharmaceutique est intéressée, la population a répondu avec enthousiasme. Ce succès nous encourage et nous bénéficions de l’expérience de l’équipe australienne pour la mise en place, notamment logistique, de ce projet de science citoyenne.
Quel est l’intérêt de le faire en Belgique ?
Cela vaut la peine car la diversité bactérienne est énorme, il y a des millions de souches différentes et selon les sols, l’humidité, les températures, les conditions environnementales, et autres, on va trouver des molécules différentes. Ce qui joue aussi, ce sont les conditions de culture en laboratoire car les bactéries produisent des molécules différentes quand on les cultive dans des conditions différentes. Et le faire ici, c’est aussi mobiliser les Belges et contribuer à briser une frontière qui a pu parfois s’établir entre les chercheurs et les citoyens.
Quel est votre plan d’actions ?
Primo, lancer la campagne « Humus ». Nous avons besoin d’un soutien pour le développement d’une application que les participants téléchargeront pour géolocaliser leur échantillon. Ensuite, il nous faudra distribuer les kits de récolte d’échantillons. La 3ème étape sera de recevoir et de trier les échantillons. On en espère 10.000. Et puis nous ferons pousser les bactéries contenues dans ces échantillons. Les participants recevront une photo de la boîte de culture sur laquelle auront poussé les bactéries de leur jardin. Enfin, l’analyse des échantillons nous prendra plusieurs années et sera coûteuse. Mais si tout se passe bien, d’ici environ 2030, nous aurons une bibliothèque de milliers de composés dans lesquels on pourra chercher des propriétés antibiotiques, mais aussi des anticancéreux ou des antifongiques. Les retombées seront très concrètes. Il suffit d’un ou deux composés pour avoir un impact, et arriver, in fine à un nouveau médicament.