Une tête bien faite et une parole nette
fondlouv |
Atout majeur, savoir défendre à l’oral un projet est une « soft skill » assez délaissée dans le parcours des étudiants. Le professeur Francesco Contino expose dans cet entretien comment le projet « Communication orale » vient combler cette lacune.
Pourquoi cet accent sur la communication orale ?
Nous avons remarqué qu’il y avait un besoin plus marqué dans les compétences de présentation orale : défense d’un examen, présentation d’un projet, interview, etc. Un constat qui est partagé par les mécènes. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de besoins dans d’autres formes de communication, mais nous faisons un focus sur l’oral. Ce qui est aussi bénéfique de façon générale car il y a des principes communs à tous les types de communication. Dans le cas de l’examen oral, il est indéniable qu’une partie de la réussite tient à l’aisance de l’étudiant ou de l’étudiante. Or si la personne est stressée ou trop émue, elle va moins bien performer. Une formation adéquate pourra compenser ce désavantage. De même, être capable de bien présenter son travail ou son projet est crucial. Après avoir fait un travail fourni et remarquable, vient le moment de le communiquer à l’extérieur et on ne trouve pas la façon de l’exposer telle qu’on l’a dans la tête où les idées s’enchaînent avec pertinence. C’est frustrant et dommageable. Parfois, de très bons projets ne se propagent pas car il y a un problème dans la communication.
Concrètement, comment ce projet est-il mené ?
Il est porté par le Louvain Learning Lab, reconnu internationalement pour ses compétences en matière de pédagogie, et va se déployer dans toutes les facultés et sur tous les sites de l’université, Louvain-la-Neuve, Woluwe, Saint-Louis, Saint-Gilles, Mons et Tournai. Pour former à la communication orale, il y a des principes de base théoriques, mais il n’y a rien à faire, on ne peut pas remplacer l’expérimentation et le feedback donné après une mise en situation. Donc le plan est ambitieux puisqu'il vise des milliers d'étudiants. Et pour le mener à bien, nous allons autonomiser les étudiants. Nous allons former des étudiants afin qu’ils deviennent à leur tour coach en communication orale, un job rémunéré. En 2024-2025 nous
avons lancé la phase pilote : 10 étudiants ont été formés pendant deux jours par des professionnels pour devenir coaches, et ensuite ils ont eux-mêmes initié 50 étudiants aux techniques de communication orale.
Quels sont les défis pour la suite ?
Les prochaines étapes sont celles de la mise à l’échelle : nous voulons coacher des milliers d’étudiants et pour cela nous allons former des dizaines d’étudiants-coaches, dans une approche pyramidale. Maintenant il s’agit d'étendre à plus de facultés, à plus d'étudiants. Former d’abord 30 étudiants moniteurs qui formeront eux-mêmes 300 étudiants. Puis passer à 100 moniteurs pour coacher 3000 étudiants en une année. Il nous faut aussi identifier les points de friction, par exemple trouver le bon timing pour insérer ces coachings. Juste avant la 2ème session, c’est moyennement heureux car les étudiants sont surchargés. Un autre enjeu, c’est que nous souhaitons intervenir plus tôt dans le parcours, ne pas attendre la présentation du TFE. Côté organisation, c’est encore plus compliqué.
Cette expérimentation va bien sûr de pair avec une promotion de la communication orale, ce qui passe par les enseignants. Nous voulons mettre des ressources à leur disposition pour qu’ils valorisent et travaillent la communication orale dans leur cours. Enfin, un MOOC (cours en ligne) en accès libre vient compléter cette stratégie d’auto-formation.