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Renouer avec la vulnérabilité et la limite pour donner de la valeur à la vie

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cio
30 April 2026 , modifié le 20 May 2026
 
Aider les jeunes à s’orienter, ce serait donc les inviter à se mettre en perspective et à se projeter dans le monde de demain tout en les soutenant à développer la capacité à accueillir le hasard sur leur trajectoire et à saisir les opportunités qui s’offrent à eux, d’après la théorie de l’Happenstance de l’article précédent.
 
En complément de ces concepts, il est également utile de s’intéresser à la réflexion de l’anthropologue français Laurent Denizeau – dont est largement inspiré ce texte.
Selon lui, notre société a évolué vers de plus en plus de maîtrise et de contrôle de l’avenir alors qu’elle nous met dans un même temps, par les nombreuses crises auxquelles nous faisons face depuis quelques années, devant l’expérience de notre vulnérabilité.
En effet, cette maîtrise s’est développée au fil des évolutions de la médecine et des technologies, permettant de reculer les limites du progrès et de l’infaillible toujours plus loin. 
 
Cette notion de maîtrise a aussi fait sa place dans le psychisme humain grâce à tous les courants de développement personnel et à l’évolution des neurosciences dont un des objectifs vise le développement de la maîtrise de son bien-être et la possibilité d’infléchir sa vie dans la direction que l’on souhaite. Ce phénomène est renforcé par les réseaux sociaux qui nous baignent dans des images et des discours qui valorisent ces récits de maîtrise de soi, de son identité et de son image. Réseaux sociaux, et univers numérique plus largement, à travers lesquels, l’idée-même de l’illimité est toujours plus présente.  
 
Et si limite il y a, dans un tel contexte de société, elle est faite pour être dépassée. 
Nous vivons donc dans une société qui souhaite exceller dans la maîtrise de tout, jusqu’à la mort elle-même, alors que nous faisons toutes et tous l’expérience, au quotidien, de la vulnérabilité de la vie. Et nous sommes paradoxalement de plus en plus désarmés devant cette vulnérabilité.
 
Par ailleurs, l’enfant a toujours plus été mis au cœur des réflexions, des actions et décisions familiales, éducatives et pédagogiques. Mais ce mouvement s’est accompagné, dans un même temps, d’une évolution du monde du travail et du monde politique qui tend à ne pas tenir compte de leur avis ou de leur situation ainsi que de la façon dont ils se sont développés. Cette expérience du désenchantement chez les jeunes tend à créer dans la foulée une attitude de désengagement, voire de désinvestissement même de l’idée d’avenir (scénarios de non-choix - pas de métier, pas d’enfant plus tard, pas de propriété - ).
 
Alors comment faire pour accompagner ces jeunes dans leurs choix dans un contexte où crise climatique, guerres, instabilité sociale et économique et esprit du « fake » et du « no limit » malmènent notre société ?
 
Comment y croire en tant qu’adulte afin de les porter et les soutenir quand eux - et nous aussi - vivent une expérience de désenchantement ? 
 
Deux pistes de réflexion sont proposées par Laurent Denizeau quant à notre responsabilité pédagogique :
 
Cela va selon lui de pair avec la nécessité d’accepter l’existence des limites, et que la liberté absolue n’existe pas. L’adage « Quand je veux, je peux » a une limite. Mes souhaits et ma liberté ont une limite. Et cette limite est le fondement de la possibilité de penser, de créer et d’imaginer, notamment un avenir.
Il nous revient donc, dans l’accompagnement des jeunes et de nos enfants, à voyager entre sensibiliser à ces diverses limites tout en préservant et nourrissant tout ce qu’ils ont de beau et bon à offrir au monde.
 
Pouvoir rejoindre l’Autre et m’y intéresser, éprouver de la sollicitude pour lui  ; cet Autre étant aussi la société qui m’entoure dans sa diversité et au service de laquelle je vais m’engager par mon choix d’orientation.