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Découvrez nos lauréats 2026

fial | Louvain-la-Neuve

Simal Adali, Quelques capitales de la musique classique

Depuis toute petite, j'ai été entourée par la musique. Que ce soit durant mes leçons de piano, mes cours de danse ou pendant mes trajets de train, des notes de musique ont toujours résonné dans mes oreilles. Ce n'est que plus tard que j'ai réalisé que toute création artistique est fondamentalement ancrée dans un contexte, qu’il soit culturel, historique ou physique. C’est sur ce dernier aspect que j’ai décidé d’ancrer ma réflexion, particulièrement autour des bâtiments où se joue la musique classique. Mon Grand Tour commencera et se terminera dans des lieux culturels importants de la musique en région liégeoise, puis suivra donc quatre grands lieux de la musique classique : Berlin, Leipzig, Salzbourg et Vienne. Chacune de ces villes a été choisie pour le lien particulier qu’elle entretient avec la musique classique. À cet effet, j’ai donc prévu de visiter toutes sortes de lieux comme des salles de concert, des opéras, des maisons de compositeurs et même des salles de bal. Certaines sont connues pour leur culture, d’autres pour des compositeurs illustres qui y sont nés ou y ont vécu. Par ce Grand Tour, j’aimerais être témoin du lien entre la musique et les lieux où elle est née, créée, et appréciée. La musique m'a suivie toute ma vie ; il est temps que je la suive à mon tour.

Maude Bertrand, Quand les caractères deviennent peuple : sur les traces du roi Sejong et de son héritage linguistique (Hangeul)

Le thème de mon projet vise à découvrir les spécificités linguistiques et historiques de la langue coréenne, à travers notamment la figure du roi Sejong le Grand. L’invention de l’écriture coréenne, appelée hangeul, est en effet attribuée à la figure historique de ce roi, qui régna sur la péninsule de 1418 à 1450. Bien que l’invention de ce système alphabétique ait été conçu il y a plusieurs siècles, son usage est beaucoup plus récent. Au cours de ce voyage, je souhaite découvrir l’évolution du hangeul, de sa création à son usage actuel. Les étapes de mon itinéraire sont Séoul, Andong, Daejeon, Gyeongju et Busan. En parcourant ces villes, je découvrirai des musées, des palais et des villages anciens, des lieux historiques, ainsi que des bibliothèques, des marchés et des ateliers de calligraphie ou de cuisine. Ce projet ne s’arrête pas là, il s’inscrit également dans une démarche personnelle d’apprentissage de la langue coréenne. Passionnée par l’Asie de l’Est et apprenant le mandarin depuis plusieurs années, l’étude du coréen me permettra également d’observer les similitudes linguistiques entre ces deux langues et d’approfondir ma compréhension des échanges historiques et culturels de ces régions. 

Nora Biaccalli, Sur les routes du Maghreb : dans les yeux des écrivains marocains de langue française 

Je sors enfin du monde des livres pour prendre la route vers le Maroc et avoir la chance de voir de mes propres yeux l’univers tant décrit par des auteurs maghrébins incontournables. Dans leurs écrits, ils transmettent des descriptions du pays, souvent très ambivalentes, qui ne désaltèrent pas ma soif d’apprendre. Ainsi, les narrations de Tahar Ben Jelloun, Huriya, Rachid O. ou encore Abdellah Taïa vont me guider dans les rues des médinas de villes phares telles que Marrakech, Casablanca, Rabat, Tanger et Fès. Marqué par les traditions jahilites (pré-islamiques), la religion musulmane et la colonisation, le Maroc est un lieu où se terrent de nombreux paradoxes. À travers les visites de musées, de palais, de mosquées, de sites archéologiques ou encore en humant du thé à la menthe dans les riads et en effleurant les tapis multicolores des souks, j’espère avoir la chance de toucher du bout des doigts l’histoire complexe de ce pays. Ce voyage entre dans la lignée de mon mémoire et me permet de fermer symboliquement mon parcours d’étude à la faculté de philosophie, langues et lettres.

Emilie Charon, Sur les routes du savoir : un voyage à travers la Renaissance du XIIe siècle

Souvent méconnue du grand public, la Renaissance du XIIe siècle constitue une période capitale dans l’histoire de l’Occident, particulièrement sur le plan intellectuel. L’arrivée massive de savoirs antiques et arabes entraîne d’abord un essor important des traductions, réalisées principalement dans le sud de l’Italie et à la frontière avec le monde arabo-musulman en Espagne. La diffusion de ces textes favorise la multiplication des écoles cathédrales, comme à Paris, puis la fondation des premières universités et la consolidation des enseignements dispensés au sein de celles déjà existantes.  Mon projet de Grand Tour me mènera de Paris à Bologne, de Naples à Tolède et jusqu’à Salamanque, en passant par plusieurs villes dont l’importance a été déterminante. En parcourant ces espaces, je souhaite mettre mes pas dans ceux des maîtres et des étudiants médiévaux et comprendre concrètement comment les idées ont circulé, se sont transformées, puis ont façonné la culture et l’enseignement. Enfin, étant étudiante en langues et lettres romanes, mais surtout passionnée de littérature médiévale, de philologie et de philosophie, je vois dans ce voyage un prolongement essentiel de mon parcours académique et l’occasion de prendre la mesure des liens entre certaines des grandes écoles de pensée du XIIe siècle et la littérature romane. Ce voyage me permettra donc non seulement d’approcher les lieux, les bibliothèques et les collections liés à cette période, mais aussi d’entrer en contact avec des spécialistes qui font vivre aujourd’hui cet héritage.

Yasmine Cravatte, À la recherche de Corinne : enquête littéraire et itinéraire culturel 

« Le talent ne consiste peut-être que dans la mobilité qui transporte l’âme dans toutes les affections que l’imagination peut se représenter… » (Mme de Staël, Œuvres complètes, Tome 5, p. IX). Cette phrase résume assez bien ce qui m’anime : l’idée que toute pensée véritable nait d’un déplacement. Mon projet pour le Grand Tour suit les pas de Corinne ou l’Italie (1807) à travers Naples, Rome, Florence, Bologne, Venise et Édimbourg. C’est une enquête littéraire qui nourrit mon mémoire sur la géographie et la réécriture des mythes antiques chez Germaine de Staël. Chaque ville sera l’occasion d’explorer une question : le sublime et les ruines à Naples, la naissance publique de l’artiste au Capitole (Rome), le génie de la Renaissance à Florence, le regard académique à Bologne, la voix et l’improvisation à Venise, et enfin le devoir et la sensibilité dans les paysages écossais qui forment la conscience d’Oswald. Ce qui me tient à cœur, c’est de tenir un carnet d’écriture quotidien, comme l’auraient fait les voyageuses lettrées du XVIIIe siècle : descriptions sensibles, portraits furtifs, notations d’atmosphère. Non pas un journal factuel, mais un espace où l’écriture devient la manière même de comprendre ce que je vois. Mes études en grec, latin, italien, philologie et paléographie m’ont appris à travailler la nuance, à entendre la voix des textes et à reconnaitre les strates de l’histoire dans les mots qui nous parviennent. Ce Grand Tour sera pour moi une façon de faire dialoguer la littérature, l’histoire de l’art et la critique, un travail à la fois intellectuel et sensible nourri par l’écriture au quotidien.

Emeline Godfroid, « La torture en Europe : Quand la douleur devient attraction

Même si l’horreur humaine est ancienne, le regard que nous lui portons est moderne et détaché. La torture et la souffrance continuent de nous fasciner, consciemment ou non, tout en suscitant malaise et effroi face à ce que l’être humain est capable d’infliger. Plutôt que de nier cette fascination, je souhaite en faire le point de départ d’une enquête sur la manière dont la torture est aujourd’hui exposée, racontée et reçue. Mon itinéraire rassemblera des musées spécialisés ayant conservé des instruments et des archives, ainsi que des sites urbains de passage où les traces de la violence institutionnelle se confondent avec le tourisme ordinaire. Je me focaliserai en particulier sur le cas de la France et de l’Allemagne, en passant par la Belgique, les Pays-Bas et la Suisse. Chaque étape me permettra d’observer les tensions entre spectacle et mémoire, justice et voyeurisme. Mon projet ne se limite pas à la contemplation d’objets : je souhaite interroger la manière dont ces lieux sont vécus et racontés, en échangeant avec les visiteurs, guides et médiateurs. Au terme du voyage, je proposerai une restitution critique et réfléchie croisant observations, entretiens et réflexions, afin de questionner la façon dont la torture est aujourd’hui « mise en mémoire » et parfois « mise en spectacle ».

Matéo Govaerts, Errances à l’encre de Chine

L’estampe est au cœur de ce Grand Tour. Une série d’illustrations en particulier, réalisée par Utagawa Hiroshige dans le style ukiyo-e entre 1833 et 1834, en a dirigé la conception et précisé le cours. Connue sous le nom des Cinquante-Trois Stations du Tokaido, elle représente les multiples étapes jalonnant la route du Tokaido, serpentant d’Edo (désormais Tokyo) à Kyoto. Bordant le littoral Est du Japon, le Tokaido s’est ménagé une place de choix au sein des arts nippons, cristallisant notamment les efforts de l’ukiyo-e, mouvement artistique défini par Asai Ryoi comme une manière de s’abandonner complètement à la contemplation du monde. Afin de m’approcher, ne serait-ce qu’un peu, de l’état dans lequel devaient se trouver Hokusai face au Mont Fuji, j’ai décidé d’effectuer une partie du voyage à pied. Je rallierai donc dans un premier temps Kyoto depuis Tokyo, en entrecoupant mon voyage de plusieurs haltes, m’arrêtant sur les sites qui ont inspiré certaines des plus belles estampes d’Hiroshige ou d’Hokusai, et j’emprunterai deux tronçons du Tokaido parmi les plus agréables à arpenter le temps d’une balade. Quant à la période, mon choix s’est naturellement porté sur le printemps. En effet, quel meilleur moment pour goûter la fragilité et l’instantanéité de la vie que celui qui voit bourgeonner, fleurir et s’envoler un nombre incalculable de pétales de cerisiers japonais ? 

Julie Hennaut – L’altérité en Égypte antique 

Depuis plusieurs années, je m’intéresse à l’histoire de l’Égypte antique. Après avoir suivi de nombreux cours sur cette civilisation, je me suis penchée sur la question de l’altérité en Égypte antique. Je me suis intéressée aux rencontres entre cultures égyptienne et étrangère, et de manière générale, la rencontre avec « l’autre ». L’Égypte avait de nombreux contacts avec ses voisins, tels que la Nubie, le Levant, la Lybie, Chypre, et plus tard la Grèce et Rome. Les Égyptiens ont écrit sur ces civilisations, les ont représentées. Aussi, des rois étrangers ont à plusieurs reprises pris le pouvoir en Égypte. Ceux-ci ont découvert la culture égyptienne, et de nombreux monuments démontrent l’enchevêtrement des cultures égyptienne et étrangère. Les représentations égyptiennes d’étrangers et cette hybridité culturelle sont le fil rouge de mon voyage. J’ai donc pour projet de visiter plusieurs monuments, comme le temple d’Abou Simbel et des tombes de la Vallée des Rois, contenant des représentations d’étrangers. Ensuite, je me rendrai dans des monuments présentant une hybridité culturelle, tels que les catacombes de Kom el Shoqafa à Alexandrie. Pour finir, certains édifices démontrent l’emprunt de certains traits appartenant à d’autres civilisations par les Égyptiens.

Théa Renard Van Hamme, À la découverte de l'opéra

La musique nous emporte tous mais l'opéra mieux que n'importe quel art arrive à nous faire voyager à travers le temps, l'espace et d'autres univers. Dans les cours de musicologie, on nous a appris son histoire et son évolution mais j’ai envie de pouvoir le vivre. Je partirai sur ses traces dans les villes qui l'ont vu naître, évoluer et dont il a durablement marqué l'histoire. De l'Italie à l'Allemagne en passant par l'Autriche et la République Tchèque, les compositeurs ont laissé derrière eux des traces de leur passage, de leur talent et de leur univers. Le but de ce voyage est d'aller chercher l'opéra au détour des rues où ont habité de grands compositeurs, dans les allées des différents musées dédiés à la musique savante, dans les palais des mécènes, dans le siège d'une salle de théâtre mythique ou encore dans ce moment si particulier où l'orchestre accorde ses instruments dans un chaos mélodique juste avant que le concert commence.

Daria Romanchuk – Périple à travers les paysages linguistiques suisses

Mon projet de voyage est une immersion au cœur de la coexistence des quatre langues nationales de la Suisse — l’allemand, le français, l’italien et le romanche — afin de comprendre comment ce pays incarne la diversité linguistique dans sa vie quotidienne. L’objectif de mon périple est d'étudier les paysages linguistiques, ces signes visibles et audibles qui passent souvent inaperçus : panneaux routiers multilingues, annonces de trains diffusées successivement en quatre langues, ou encore menus de café bilingues.  Au-delà de l'observation, ce voyage sera fait de rencontres humaines : je recueillerai des témoignages spontanés et informelles d'habitants — du libraire zurichois à l'artisan romanche — pour comprendre leur expérience de la pluralité linguistique : la perçoivent-ils comme un don, un pont entre les cultures, ou peut-être comme un défi ? Quelles réflexions ces frontières linguistiques suscitent-elles en eux ? Et surtout, pensent-ils que le multilinguisme unit ou, au contraire, divise ? Mon itinéraire débutera à Zurich et Saint-Gall, avant de rejoindre les villages montagnards des Grisons où le romanche s’entend encore au détour des ruelles et des marchés. Je descendrai ensuite vers Lugano pour y découvrir les dialectes tessinois, puis je traverserai la Romandie (Lausanne, Genève) et les villes bilingues de Fribourg et Bern. Enfin, Bâle, ville frontalière hautement plurilingue, marquera dernière étape de mon voyage ; ce sera aussi un lieu de réflexion sur les frontières linguistiques européennes et leur rôle dans la construction d’identités partagées.

Nathanaël Vandeputte, Scandinavie : entre mythes et histoire

Mon projet est de partir en Scandinavie (Danemark, Suède et Norvège) afin de me plonger dans les vestiges de la culture viking, dans sa double dimension historico-mythique, en alliant à la visite de lieux historiques et de musées la lecture de grands (et moins grands) textes nordiques, œuvres majeures ou écrits ‘mineurs’ qui tous révèlent une part de la société qui les a créés mais, aussi, sont, pour reprendre les termes de J. R. R. Tolkien dans son ‘Beowulf : The Monster and the Critics’, « a work of art » en eux-mêmes.

Alliant donc la visite muséographique et, plus largement, géographique aux lectures nordiques, autre forme de voyage, j’ambitionne de me rendre en des lieux comme Aarborg, cimetière de la période viking, en lisant la Volsunga Saga et la Ragnars saga lođbrókar, séquelle de la première, qui narre les aventures d’un chef de clan danois légendaire, Ragnar Lothbrok, Jelling, siège des premiers souverains du royaume de Danemark, en me plongeant dans les contes d’Andersen avant d’arriver à Odense, lieu de naissance du conteur danois, puis de tourner mes voiles vers la Suède, tel Beowulf au retour de ses exploits danois, en lisant le poème éponyme. De là je me tournerais vers le Gotland en quête du ‘tombeau de Tjelvar’, nommé d’après la Guta Saga, qui m’accompagnerait de concert avec la Guta Lag, une loi médiévale du Gotland, avant de monter jusqu’Uppsala, ancien lieu de culte de dieux nordiques qui aurait contribué à inspirer à Georges Dumézil sa théorie de la répartition trifonctionelle indo-européenne, et d’entamer l’Edda poétique, un des textes majeurs de la mythologie nordique. Délaissant la Suède, je me porterais jusqu’au Jotunheimen, afin de m’imprégner des grandeurs norvégiennes qui ont pu inspirer le monde des géants, homonyme, où se déroule par exemple une partie de la Thrymskvitha (le chant de Thrym), poème de l’Edda poétique. Enfin, je descendrais jusqu’Oslo.

Méline Warzée, Écouter le monde : voyage à travers les imaginaires sonores européens

Depuis toujours, les compositeurs écoutent le monde pour en traduire les voix : ils l’imitent, en reproduisent les mouvements et s’en inspirent pour inventer de nouveaux langages. De la Symphonie pastorale de Beethoven aux Pins de Rome de Respighi, de la Symphonie alpestre de Strauss au Catalogue d’oiseaux de Messiaen, l’histoire de la musique accompagne celle des représentations successives de la nature. Mon projet consiste à voyager à travers l’Europe sur les traces des lieux que les compositeurs ont tenté de décrire dans des symphonies à programme. Ces paysages, à la fois concrets et transfigurés par la musique racontent chacun une manière d’écouter le monde. En les traversant, il s’agira autant de voir que d’écouter, mais surtout de réfléchir. En suivant les traces de ceux qui ont voulu « exprimer les sentiments de la nature », ce Grand Tour me permettra également de réfléchir au rôle de l’art (et plus particulièrement de la musique) dans rapport au monde et aux autres.