5 décembre 2025 What's wrong with patient-centred care?
irss | Bruxelles Woluwe
Journée scientifique organisé par groupe de recherche Mental Health Services
5 décembre 2025 à l’auditoire Maisin (Louvain-en-Woluwe)
Avec la Pre Alison Pilnick
Language, Health and Society à la Faculty of Health and Education, Manchester Metropolitan University
Le programme scientifique comporte un séminaire en matinée et une conférence l’après-midi.
Accréditation demandée
- 10h00-12h00. “It's all just words": on the importance of studying healthcare interaction”.
- 14h00-16h00. 'Between autonomy and abandonment: reconsidering patient centred care'.
Que se passe-t-il lorsqu’un patient rencontre un soignant en consultation ?
Les premiers travaux de Talcott Parsons dans les années 1950 décrivaient une relation paternaliste entre le patient et son médecin. Cette perspective, contestée par les sociologues et psychologues, a conduit au modèle alternatif du modèle centré sur le patient (Patient-Centred Care, PCC). Le PCC est devenu un pilier de l’enseignement des relations patient-soignant dans les facultés de médecine, englobant des concepts tels que le modèle bio-psycho-social, la décision partagée, l’autonomisation du patient, le libre choix du patient et l’approche du « patient-partenaire » fort populaire dans des structures de soins.
Mais ce modèle alternatif est-il solide ?
Les plaques tectoniques sont de nouveau en mouvement pour trois raisons: les maigres évidences sur l’efficacité du PCC à produire de meilleurs résultats, les difficultés inhérentes à l’idée de l’autonomie du patient et, finalement, les éclairages apportés par l’analyse des conversations (Conversation Analysis, CA). Le passage à un modèle valorisant la participation active du patient aux décisions est loin d’être simple. L’autonomie du patient peut entrer en conflit avec l’évaluation clinique de ce qui est dans son meilleur intérêt. Pour les patients vulnérables, en particulier ceux atteints de maladies chroniques et sévères, un véritable choix est souvent difficile à atteindre. L’accent mis par le PCC sur l’autonomie et le choix risque de bénéficier surtout aux patients instruits et relativement en bonne santé, de transformer la consultation en un affrontement et, paradoxalement, de mener à l’abandon du patient sous couvert de respect de son autonomie. Alison Pilnick illustre cette tension, notamment dans les domaines du sevrage tabagique, des soins aux patients déments, du handicap et des soins de première ligne.
Comment avancer ?
La consultation médicale est fondamentalement une situation sociale et relationnelle, qui fait entrer dans la salle de consultation un ensemble de normes et d’expériences extérieures. L’analyse conversationnelle (CA) offre des éclairages précieux pour examiner ces interactions de plus près. La CA met l’accent sur la dimension actionnelle de la communication et analyse les interactions naturelles afin d’identifier et d’examiner rigoureusement les pratiques de communication sous-jacentes. Le PCC, bien qu’ancré dans des valeurs morales louables, pose problème parce qu’il néglige les contextes interactionnels. Les travaux d’Allison Pilnick montre que certaines politiques de santé, largement façonnées par les présupposés moraux du PCC, échouent précisément parce qu’elles n’ont pas de sens pratique au niveau interactionnel.
Objectif de la journée
S’inspirant de ces apports de l’analyse conversationnelle, la conférence d’Alison Pilnick vise à approfondir la compréhension des interactions patient-soignant et examine de manière critique les limites pratiques du PCC tel qu’il est actuellement mis en œuvre. Les thématiques suivantes seront abordées :
- Les origines et les défis du PCC, en particulier pour les patients atteints de maladies chroniques et sévères
- Le paradigme et les apports de l’analyse conversationnelle
- Les dysfonctionnements interactionnels liés au PCC
- Les explications interactionnelles des pratiques de soins sous-optimales
Programme :
Matinée, 10h00-12h00. "It's all just words": on the importance of studying healthcare interaction”
Cette session s’adresse aux doctorant·e·s et aux chercheur·e·s intéressé·e·s par l’analyse des interactions dans le domaine des soins de santé. Elle débutera par une introduction à l’analyse conversationnelle comme méthode pour étudier ces interactions. Elle s’appuiera ensuite sur plusieurs projets de recherche menés à l’IRSS ou à l’UCLouvain pour ouvrir la réflexion à d’autres approches méthodologiques. L'objectif est de susciter une discussion collective sur les dysfonctionnements interactionnels et sur les défis scientifiques et méthodologiques liés à la recherche en communication dans les soins de santé. Les doctorant·e·s et aux chercheur·e·s intéressé·e·s à présenter peuvent se manifester auprès de Mégane Chantry, représentante du CORSCI-IRSS (megane.chantry@uclouvain.be).
- Après-midi, 14h00-16h00. "Between autonomy and abandonment: reconsidering patient centred care"
Cette session est organisée pour les clinicien·ne·s, chercheur·e·s et responsables de soins de santé. La professeure Alison Pilnick y présentera son ouvrage Reconsidering Patient Centred Care: Between Autonomy and Abandonment. Cette conférence a pour objectif de favoriser une meilleure compréhension des interactions patient-médecin et d’examiner de manière critique les limites pratiques des soins centrés sur le patient (PCC) tels qu’ils sont actuellement mis en œuvre.
CV d’Alison Pilnick :
Professeure de Language, Health and Society à la Faculty of Health and Education, Manchester Metropolitan University (Royaume-Uni), elle remporta en 2023 le prix BSA/FSHI pour l’ouvrage ayant apporté la contribution la plus significative à la sociologie de la santé et de la maladie, « Reconsidering Patient Centred Care: Between Autonomy and Abandonment ». Elle a mené un nombre impressionnant d’études d’analyse conversationnelle dans différents domaines tels que la démence, le tabagisme, la drépanocytose, le cancer du sein et le suivi anténatal.