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Le conflit armé en Iran : droit, histoire et enjeux contemporains

juri | Louvain-la-Neuve

juri
12 March 2026, modifié le 26 March 2026

Objectif de la rencontre

À travers des regards croisés en droit international et en science politique, cette conférence a examiné la légalité des interventions armées liées à l’Iran, replacé le conflit dans son histoire longue, et questionné le rôle que peuvent encore jouer le dialogue, la parole publique et les normes internationales pour contenir l’escalade.

À retenir en 6 points 

L’introduction a rappelé, dans le sillage d’Habermas, que « ce qui fait tenir les humains ensemble, ce n’est pas la force : c’est la parole partagée », établissant un fil rouge : No a la guerra.

Les interventions américaines et israéliennes en Iran ne satisfont pas les conditions de la légitime défense en droit international ; elles constituent donc un usage illégal de la force.

La riposte iranienne menée sur les territoires d’États voisins du Golfe et en Jordanie est également illégale, ouvrant à ces États un droit de riposte en légitime défense. Le Conseil de sécurité a confirmé l’illégalité de cette riposte (sans se prononcer sur les frappes américano-israéliennes).

Peu d’États ont explicitement condamné les interventions américaines et israéliennes ; aucun ne les a tenues pour légales, et certains ont refusé d’apporter leur soutien aux États-Unis au nom du droit international.

Les dynamiques internes iraniennes, de la révolution de 1978–1979 à la guerre Iran–Irak et à ses traumatismes, en passant par les tentatives avortées d’ouverture internationale, éclairent les ressorts actuels du conflit et des politiques de sanctions.
 

Sans la Charte des Nations Unies, ce n’est pas la liberté des États qui triomphe, mais la loi du plus fort : d’où l’importance de maintenir intelligibilité, sincérité et justesse au cœur du débat public.

Ce qui s’est dit

L’introduction a mêlé références philosophiques (Habermas), politiques (l’appel de Pedro Sánchez : No a la guerra), artistiques (Wajdi Mouawad, Roberto Benigni) et témoignages du terrain (un récit anonyme depuis Téhéran) pour rappeler la place de la parole, de l’écoute et de la mise en récit face à la violence.

 


« Nous n’avons aucune difficulté à commencer les tragédies. Mais on ne sait pas les terminer. » 

- Wajdi Mouawad (cité dans l’introduction)

Raphaël van Steenberghe a analysé la (il)légalité des actions récentes :

 

Les justifications avancées par les États-Unis et Israël au titre de la légitime défense (anticipée ou collective ad hoc) ne remplissent pas les conditions fixées par le droit ; les frappes sont donc illégales.

 

La riposte de l’Iran menée sur des territoires d’États tiers (voisins du Golfe et Jordanie) est également illégale ; ces États disposent en conséquence d’un droit de riposte en légitime défense, seuls ou assistés.

 

Le Conseil de sécurité a confirmé l’illégalité de cette riposte, sans se prononcer sur celle des interventions américano-israéliennes. Les réactions étatiques restent nuancées : peu de condamnations explicites des frappes initiales, aucune validation de leur légalité, et des refus d’alignement au nom du droit.

Elena Aoun a replacé la séquence actuelle dans un temps long :

 

Des décennies d’ingérences et d’autoritarisme, contre lesquels s’est soulevée la population en 1978–1979 ; la guerre Iran–Irak (1980), largement soutenue par des puissances occidentales et arabes, avec l’exception notable d’une aide israélienne (affaire Irangate), a consolidé la frange dure autour de Khomeini et laissé un traumatisme durable.

 

Après la Guerre froide et la période post-Khomeini, plusieurs tentatives d’ouverture internationale ont avorté, la politique américaine privilégiant la marginalisation de l’Iran et la pérennisation des sanctions.

 

Dans la phase actuelle, les enjeux mis en avant (proxies, programme nucléaire) s’articulent à une dynamique d’expansion israélienne et à la volonté de briser les acteurs qui y résistent ; s’y ajoutent des motivations plus implicites et des risques majeurs liés au choix de la voie militaire par l’administration Trump et le gouvernement Netanyahou.

Pierre d’Argent a souligné que renoncer au cadre onusien reviendrait à substituer au droit la loi du plus fort ; un avertissement sur les conséquences systémiques d’une érosion des normes.

Introduction et slides de la conférence

Intervenant·es

  • Sylvie Sarolea : Professeure à la Faculté de droit (UCLouvain), spécialiste du droit des migrations.
  • Elena Aoun : Professeure de relations internationales (UCLouvain), spécialiste du Moyen-Orient et de l’Iran.
  • Raphaël van Steenberghe : Professeur à la Faculté de droit (UCLouvain), spécialiste du jus ad bellum et du jus in bello.
  • Pierre d’Argent : Professeur de droit international public et avocat.

Ressources pour approfondir

Documents et analyses juridiques

Analyses universitaires : billets et tribunes juridiques sur la (il)légalité des frappes et les options de droit :

  • The United States’ flawed justifications for the intervention in Iran: Anticipatory self‑defence and ad hoc collective self‑defence (Bristol Law School Blog
  • The American-Israeli Strikes on Iran are (Again) Manifestly Illegal (EJIL : Talk)
  • Aggression by the United States and Israel, Misdirected Self-Defense by Iran, and Collective Self-Defense of Gulf States (Just Security)

Presse et débats

Sélection d'articles sur l'état du droit international dans la crise :

  • "Illégale mais justifiée" : le dilemme de l'attaque américano-israélienne contre l'Iran (La Libre)
  • Le droit international en berne mais toujours actif et vivant (La Libre)
  • Le droit international ne se porte pas si mal (La Libre)
  • Guerre au Moyen-Orient : La Charte des Nations unies demeure en vie, dans les discours comme sur le terrain (Le Soir)

Podcasts « Les Clés » (RTBF) : Le droit international est-il mort ?, Liban : une guerre sans fin, Détroit d’Ormuz : pivot de la guerre en Iran. Avec Pierre D'Argent et François Debuisson.