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Une récupérathèque, c’est quoi ? On vous explique

stgilles |

Le contexte 

La crise de la matière s’intensifie dans un mode de production linéaire basé sur l’extraction, la consommation, puis le rejet des ressources sous forme de déchets. Ce modèle, encore dominant aujourd’hui, épuise les ressources naturelles, accentue les déséquilibres environnementaux et génère une quantité croissante de déchets difficilement gérables. Face à cette logique inefficace et insoutenable, la remise en question du mode linéaire devient urgente pour imaginer une économie plus circulaire et responsable.

Dans le cadre de notre faculté d’architecture, chaque année, deux containers sont nécessaires pour évacuer tous les déchets produits par le travail en maquettes/dessins des étudiant·es (cartons, bois, papier…). 

Le graphique déchet/ressource : par l'illustrateur Bonnefrite 
pour un livre intitulé "Matière grise" avec Encore Heureux Architectes

 

Une question se pose et s’impose : comment diminuer les déchets et éviter le gaspillage dans le milieu de la création ? C’est pour répondre à cette problématique - qui les préoccupait au cœur même de leur pratique - que les étudiant·e.s d’écoles de création, d'universités, se sont mobilisé·e·s. en créant des récupérathèques au sein de leurs établissements. A Bruxelles, à côté du Rucher, on compte aujourd’hui un réseau important de récupérathèques, comme “La Fourmilière” (ULB), “la Caverne d’Ali Baba” (ESA St-Luc), “La Boîte à Gants”(ERG), “la SuperFaktur”, etc. 

Les 5 R ont clairement inspiré la création de récupérathèques : 

  • “Refuser” pousse à dire non au neuf inutile, au profit de matériaux déjà disponibles. 
  • “Réduire” encourage à limiter l’achat et la production de nouveaux matériaux. 
  • “Réutiliser” c’est le cœur même du projet de récupérathèque : permettre aux étudiant·es de donner une seconde vie à des ressources destinées à être jetées. 
  • “Recycler” est d’application quand certains matériaux récupérés peuvent être transformés ou retravaillés. 
  • Enfin, “Rendre à la terre” rappelle qu’on doit aussi penser à la fin de vie des matériaux, par exemple en compostant les déchets organiques, et dans notre cas, en triant correctement les déchets impossibles à réutiliser. 

La récupérathèque applique donc ces principes pour réduire le gaspillage et créer un cercle vertueux de partage et de durabilité. 

C’est ainsi qu’en 2019 une dizaine d’étudiant.es, avec le soutien de deux enseignantes et de la Fédération des Récupérathèques, ont lancé une récupérathèque au sein de la faculté d’architecture Loci, sur le site de Bruxelles : “Le Rucher”. Elle s’inscrit dans la préoccupation générale de la question du cycle de vie de la matière, de la crise des ressources et de la gestion de nos déchets.

Le projet a débuté par la formation d’une équipe motivée : cycle de vie des matériaux, crise des ressources, étapes du réemploi, etc. Les étudiant.e.s ont élaboré une charte de fonctionnement, une monnaie alternative, des outils de communication, et enfin, conçu et construit le mobilier du local avec des matériaux de réemploi comme seule matière première.

Le concept de récupérathèque

Une récupérathèque, c’est un magasin collaboratif de matériaux de réemploi qui s’adresse aux jeunes créateur.ices dans les écoles de création (beaux-arts, art appliqué, architecture, design, stylisme, etc.). Elle fonctionne par et pour les étudiant.es, en utilisant une monnaie locale ou un système d’échange. Elle est organisée selon un modèle de gouvernance partagée, avec pour objectif de favoriser la durabilité, la solidarité et le lien social. 

Une récupérathèque s’inscrit donc dans un modèle d’économie circulaire. Au lieu de produire, consommer et jeter (modèle linéaire), on tente de réemployer, réparer, recycler, transformer, pour que les matériaux et objets restent en circulation le plus longtemps possible. 

En plus de l’avantage environnemental de cette initiative, le projet permet de réduire les inégalités financières entre étudiant·es puisque l’étudiant·e se voit offrir des matériaux moins chers. Le couplage de l'économie et de l'environnement assure généralement le succès de ce type d’initiative.

Enfin, la récupérathèque occupe une place centrale dans la démarche de sensibilisation de l’ensemble des membres de la faculté aux principes de l’économie circulaire. En mettant à disposition des ressources récupérées et réutilisables et en promouvant des pratiques responsables, elle contribue activement à faire évoluer les mentalités, à encourager une consommation plus durable et à intégrer progressivement ces enjeux dans le quotidien universitaire. 

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La Fédération des récupérathèques

La Fédération des Récupérathèques rassemble et accompagne les récupérathèques principalement à travers la Belgique, la France et même à l’internationale, pour promouvoir le réemploi des matériaux dans les écoles de création. 

En 2025, elle fédère 34 récupérathèques en activité et 19 en construction, portées par 250 porteurs de projet engagés. Grâce à ce réseau, des milliers de bénéficiaires, majoritairement des étudiant·es, ont accès à des matériaux récupérés, permettant chaque année d’éviter plusieurs dizaines de tonnes de déchets. Des données en constante augmentation, qui témoignent de la dynamique et de l’impact croissant du mouvement. La fédération joue un rôle clé pour soutenir la durabilité, la solidarité et la créativité au sein des écoles et des quartiers.

Fédération des Récupérathèques

La Fédération des récupérathèques joue un rôle fondamental de mise en réseau entre les différentes récupérathèques en répondant à un manque de coordination des initiatives individuelles dans les écoles. Elle facilite le partage de données, de méthodes, d’outils et surtout de motivation, afin de renforcer la cohésion et l’efficacité du réseau à l’échelle nationale. Chaque année, la Fédération organise la Rencontre Officielle Annuelle des Récupérathèques (ROAR), un temps fort d’échange, de formation et de co-construction entre les différentes structures. En complément, un “check-up” annuel est organisé au Rucher par la Fédération. Ce moment privilégié permet d’évaluer la “santé” de la récupérathèque, d’identifier d’éventuelles difficultés, de proposer des pistes d’évolution, de fournir les ressources nécessaires à son bon fonctionnement et de résoudre les problèmes qui pourraient freiner son bon développement. 

Pour soutenir cette dynamique, la Fédération et les différentes structures du réseau alimentent la plateforme collaborative “Recupedia”, qui centralise de nombreuses ressources, retours d’expérience et outils à destination de l’ensemble du réseau. 

Recupedia