Célestin de Wergifosse, l’entrepreneur biotech qui veut rendre accessible les tests prognostiques du cancer du sein
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Obtenir son CESS à 16 ans via le jury central, lancer ses premiers projets entrepreneuriaux à l’adolescence, recevoir un prix d’inventeur avant même d’entrer à l’université… Le parcours de Célestin de Wergifosse sort des cadres classiques. Pourtant, derrière ce profil précoce et atypique, une ligne directrice s’impose depuis toujours : créer des projets utiles, concrets et porteurs d’impact.
Créer une entreprise, pour moi, c’est créer quelque chose qui a du sens. C’est ce qui m’aide à garder le cap.
Aujourd’hui, l’Alumnus bioingénieur de l’ UCLouvain est CEO et cofondateur de Signatur Biosciences, une startup de biotechnologie née comme spin-out d’ Imperial College London, aux côtés notamment de la Professeure Dame Molly Stevens. Leur ambition : rendre accessibles partout dans le monde des tests médicaux avancés capables d’accélérer le diagnostic et la prise en charge de maladies complexes, avec un premier focus majeur sur le cancer du sein.
Rendre les tests accessibles à tous les hôpitaux
Le constat de départ est simple, mais vertigineux : aujourd’hui, plus d’un million de femmes dans le monde recevraient des chimiothérapies qui ne leur sont finalement pas nécessaires, faute d’accès à certains tests prognostiques.
Or, dans le traitement du cancer du sein, le temps et l’accès aux bons tests jouent un rôle crucial. Après une opération, il est essentiel de déterminer rapidement la suite du traitement. Au-delà de six semaines, les chances d’optimiser la réduction de la maladie diminuent.
Traditionnellement, ces analyses nécessitent de nombreuses réactions complexes réalisées dans des laboratoires centralisés, et créant des coûts et des délais prohibitifs. En observant l’explosion des technologies qPCR pendant la pandémie de Covid-19, l’équipe de SigBio a vu une opportunité.
Le Covid nous a facilité la vie. Tout le monde s’est équipé en machines PCR. On s’est demandé : pourquoi ne pas utiliser cette infrastructure déjà présente dans les hôpitaux pour rendre ces tests beaucoup plus rapides et accessibles ?
Leur technologie permet ainsi d’utiliser des systèmes similaires à ceux popularisés pendant la pandémie afin d’accélérer considérablement l’analyse des données biologiques liées au cancer du sein. Au-delà du gain médical, l’enjeu est aussi humain.
Réduire l’attente, c’est aussi améliorer la santé mentale des patientes.
La vision de SigBio est claire : rendre cette technologie accessible dans les hôpitaux du monde entier, en commençant par le Royaume-Uni et plusieurs pays européens.
Après avoir développé son réseau à l’international, SigBio pose aujourd’hui ses valises en Wallonie, au cœur de l’écosystème biotech liégeois. La startup y développe a installé actuellement un laboratoire d’une centaine de(~200 mètres carrés) et rassemble compte déjà une douzaine de chercheur·euses, tout en poursuivant ses collaborations académiques avec l’Université d’Oxford.
L’entreprise bénéficie également du soutien d’acteurs majeurs de l’innovation belge, parmi lesquels IBA, autre grande aventure scientifique et entrepreneuriale belge née du monde universitaire.
L’UCLouvain comme terrain d’expérimentation
Avant Londres, Oxford, YCombinator aux USA, ou les laboratoires biotech, il y a eu l’UCLouvain.
Célestin de Wergifosse choisit les études de bioingénieur pour leur ouverture.
J’aimais le fait qu’il y ait énormément de pistes possibles dans ce domaine.
Arrivé très jeune à l’université, il découvre rapidement un environnement exigeant, parfois déstabilisant.
Il se souvient notamment d’un cours de chimie minérale où le professeur pose une question à l’auditoire. Toute la salle répond immédiatement… sauf lui.
Je me suis pris une vraie claque. Je me suis senti en décalage.
Mais loin de le décourager, cette sensation devient un moteur.
Autodidacte assumé, il développe progressivement sa propre manière d’apprendre. En parallèle de ses premiers projets entrepreneuriaux, il travaille souvent ses syllabus chez lui, complète ses cours par des ressources en ligne et construit une méthode qui lui correspond.
Une approche qui a porté ses fruits dans son parcours — tout en restant très personnelle. Car s’approprier les apprentissages peut prendre des formes très différentes selon chacun, et l’encadrement des cours reste pour beaucoup un repère essentiel.
L’UCLouvain m’a appris la débrouillardise. La flexibilité de l’université m’a beaucoup correspondu.
iGEM : la créativité scientifique sans limites.
Son passage à l’UCLouvain est également marqué par une expérience fondatrice : iGEM, la plus grande compétition mondiale de biologie synthétique organisée par le MIT.
En tant que Team Lead de l’édition de 2018, il coordonne une équipe interdisciplinaire et interfacultaire de 13 personnes.
L’objectif : imaginer des solutions scientifiques innovantes autour de la résistance aux antibiotiques.
Dans iGEM, il y a une vraie dimension de créativité scientifique. On peut presque tout imaginer. Il y a un côté “hacking” dans les manipulations et les approches.
Pour lui, cette expérience confirme une conviction profonde : les projets les plus ambitieux naissent de la diversité des profils et des compétences.
Si on veut que des équipes cartonnent, elles doivent être pluridisciplinaires.
L’équipe décroche une médaille de bronze, et cette expérience s’inscrit dans une dynamique d’apprentissage, de collaboration et d’innovation au sein de l’université.
Science, entrepreneuriat et impact global
Entrepreneur, scientifique, inventeur, communicant… difficile de résumer Célestin de Wergifosse à une seule étiquette.
Son parcours illustre surtout une nouvelle génération de profils capables de faire dialoguer recherche de pointe, innovation technologique et impact sociétal. À travers SigBio, son ambition dépasse largement la seule performance scientifique : rendre des outils médicaux avancés accessibles au plus grand nombre, réduire les traitements inutiles et améliorer concrètement la vie des patient·es.
Une trajectoire qui trouve ses racines dans les auditoires et laboratoires de l’UCLouvain, où curiosité, débrouillardise et interdisciplinarité ont contribué à façonner un parcours déjà singulier.