Interview avec Philippe Parmentier, Directeur de l'Administration de l'enseignement et de la formation (avril 2026)
Commençons par le commencement. Partant du principe que l'université met l'étudiante et l’étudiant au centre de ses pratiques, comment décririez-vous l'« étudiant primo-arrivant » en 2026 ?
La première réponse qui me vient à l'esprit, c'est qu'il n’y a pas et qu'il n'y a jamais eu « un seul » étudiant. Il y a évidemment une population étudiante, très importante, des néo-inscrits, qui arrivent, chaque année par milliers, de l’enseignement secondaire. Mais au sein de ce groupe très important, ce sont des milliers d'étudiants différents. Ils n'arrivent pas avec les mêmes acquis, les mêmes motivations. Ils sont différents d'une Faculté ou d'une section d'études à l'autre. Il faut donc vraiment éviter les généralités, même s'il y a évidemment des points communs qui traversent une génération d'étudiants.
Par ailleurs, il y a d'autres publics étudiants : les étudiants internationaux, des étudiants qui ont plus de 25 ans en reprise d’études et avec d'autres besoins. Ces étudiants représentent aussi des milliers d'étudiants. Quand on dit « mettre l'étudiant au centre », on doit être très attentif à conjuguer ce mot « étudiants » au pluriel.
Dans un contexte où les profils sont diversifiés, quels sont les besoins et attentes partagés par les étudiantes et étudiants par rapport à l’université ?
Des attentes relatives à la « personne étudiante » s’expriment de plus en plus. Les besoins ne sont plus seulement liés au volet académique mais concernent également les aspects extra-académiques. Par ailleurs, tout comme dans l’enseignement secondaire, il faut prendre en compte les besoins spécifiques liés aux difficultés d’apprentissages, visibles et invisibles. Pour le volet académique, on peut regrouper les attentes et besoins autour de trois enjeux.
Le premier enjeu, c'est l'accessibilité versus l'encadrement. L'accès aux études étant très large en Belgique francophone, il faut tenir compte des besoins presqu’individuels dans une gestion parfois très collective de l'enseignement, en particulier dans les premières années d'études.
Le deuxième enjeu, c'est le besoin d'introduire de l'interactivité. La plupart des connaissances sont accessibles sans se déplacer aujourd'hui, il faut donc que ce qui se passe en présentiel, dans l'interaction avec les étudiants, soit le plus riche possible. À l'inverse, beaucoup d’étudiants ne peuvent pas toujours être présents ou ne le souhaitent pas parce qu'ils jobent ou qu'ils ont une autre activité... C'est aussi là l'intérêt de l'hybridation. On cherche donc en permanence où placer le curseur, pour chaque formation.
Le troisième enjeu, c'est le besoin de personnalisation ou d'individualisation des parcours. Il y a une tension entre la prise en compte de parcours individuels de formation et le référentiel de compétences à acquérir par tous les diplômés.
Dans ce contexte, comment l’UCLouvain accompagne-t-elle les étudiantes et étudiants qui arrivent de l’enseignement secondaire ?
Faire des études, c’est un métier qui s’apprend. Dès la première année, des modules sont donc organisés, en dehors des cours ou de manière intégrée. Ces modules visent l'apprentissage des compétences du métier de l'étudiant, la prise de notes, l'écoute active, la gestion du temps et autres softs skills, y inclut la maîtrise de compétences numériques.
L’accompagnement ne se limite pas aux étudiants de première année. L'étudiant évolue tout au long de ses études et il est important d'accompagner son projet d'études. On accompagne tant l'orientation que la réorientation par exemple.
Pourquoi travailler la compétence numérique avec les étudiants de première année alors qu’ils sont « digital natives » ?
C'est évident, les jeunes de 18 ans sont très familiers des outils numériques mais on constate chaque année qu'ils ne sont pas familiers au fait d'apprendre par et avec le numérique.
Apprendre par et avec le numérique est un travail qui s'apprend et qui n'est pas acquis nécessairement à l'entrée pour tous. Or, c'est un réel enjeu scolaire supplémentaire. Au-delà des prérequis classiques liés aux matières, la fracture numérique peut aussi engendrer d'autres rapports inégalitaires à l'accès aux études ou aux savoirs.
Et qu’en est-il de la place de l’intelligence artificielle ?
À l'université, comme dans tous les lieux d'enseignement, tout le monde est déstabilisé par l’intelligence artificielle, générative en particulier. Tout le monde sait à quel point cela modifie et va modifier significativement nos pratiques mais tout le monde est « en recherche » et c’est un enjeu majeur pour l'enseignement supérieur. Cela nous amène à revoir les outils mais aussi évidemment les acquis d'apprentissage et les objectifs de formation. Plus que jamais, créativité et pensée critique sont essentielles pour une formation universitaire de haut niveau.
Pour conclure, comment l'université favorise-t-elle l'articulation « groupe-individu » tout au long du parcours d'études ?
L'enseignement en grand groupe, surtout en première année, et la dématérialisation des ressources, qui met en lumière les inégalités d’accès au numérique, sont des facteurs d'isolement pour certains étudiants. Le contexte réduit les opportunités d'interactions avec les professeurs mais aussi avec d'autres membres, d'autres pairs.
En plus des efforts fournis pour réduire les inégalités numériques, l’UCLouvain met donc l'étudiant en situation de socialisation et de relation. Cela se fait dans les cours, à travers le travail en groupe, mais aussi par des programmes d'entraide entre étudiants. Dans ce contexte, nous avons la chance d'avoir des étudiants extrêmement soucieux les uns des autres, fédérateurs et créateurs d’une communauté étudiante qui sont engagés, par l’UCLouvain, pour créer du lien social et faciliter l’intégration de chacune et chacun.
En savoir plus sur l'UCLouvain... Observatoire de la vie étudiante : Commission du Conseil des affaires sociales et étudiantes de l’UCLouvain à visée d’analyse et d’opérationnalisation immédiate en vue du bien-être étudiant dans sa globalité. Objectif Réussite : Politique de l’UCLouvain pour accompagner tous les profils d’étudiantes et étudiants durant leur cursus, tant sur les dimensions académiques que de socialisation. Piccolo : Outil d’IA de l’UCLouvain créé pour sa communauté afin de réduire les inégalités d’accès au numérique et favoriser un usage responsable des IA. |