Quels modèles de collaboration social – santé pour améliorer l’équité en santé ?
reso |
Bruxelles, les 20 & 21 octobre 2025
Par Laura Gimenez, Chargée de projet
Les 20 et 21 octobre dernier, j’ai assisté au colloque international « Quels modèles de collaboration social – santé pour améliorer l’équité en santé ? » organisé à Bruxelles par l’Equity Health Lab (ULB). Je vous propose un retour sur les éléments qui m’ont marquée.
Au programme de ces deux journées : visibiliser les modèles de collaboration envisageables pour renforcer l’équité en santé.
Les inéquités de santé : un constat inquiétant
En Belgique, les inéquités en santé se creusent. L’écart se creuse entre les classes éduquées et celles qui sont faiblement éduquées.
C’est le constat que Céline Mahieu, professeure à l’Ecole de santé publique de l’Université Libre de Bruxelles et directrice du Centre de recherche en approches sociales de la santé, nous partage dans son mot d’introduction. Elle tire ce constat du rapport « Social inequalities in health in the EU: Are countries closing the health gap? »[1] réalisé par l’EuroHealthNet et le Centre for Health Equity Analytics.
Ce rapport, paru le 25 septembre 2025, montre l’évolution en matière d’inégalités de santé entre 2014 et 2024 en Europe. Il démontre à l’aide des données de santé que plusieurs pays européens ont vu l’état de santé mentale et physique de leurs populations diminuer au cours de la dernière décennie. Le rapport met en évidence le poids des déterminants sociaux de la santé dans la production des inégalités de santé, ainsi que leurs répercussions sur l’état de santé des populations en général.
En ce sens, et c’est la réponse proposée par le colloque, la collaboration social - santé prend toute son importance. Elle permet de :
Envisager des réponses individuelles et collectives à des problématiques qui concernent les déterminants sociaux de la santé.
Avoir une approche globale de la santé face à des publics en situation de vulnérabilité qui rencontrent souvent plusieurs types de difficulté en même temps.
Lutter contre l’invisibilisation de certains publics ou de certaines problématiques.
Augmenter le pouvoir d’agir des publics et des professionnels.
Travailler en intersectorialité et en interdisciplinarité pour multiplier les points de vue et décloisonner les approches.
Plusieurs ateliers thématiques ont été organisés pour croiser les regards sur des réalités parfois très différentes selon les pays et sur leurs modalités de collaboration.
Je vous propose un retour sur trois ateliers que j’ai trouvés particulièrement pertinents au regard des enjeux de prévention et de promotion de la santé.
L’ancrage de la collaboration dans les territoires
Les Bassins d’aide et de soins en Belgique : ce dispositif émane du Plan Social Santé Intégré (PSSI) et a pour objectif de soutenir et d’organiser le secteur social - santé sur un territoire de plusieurs communes afin de proposer des services social – santé en adéquation avec la réalité de leur territoire.
Les Contrats Locaux Social Santé (CLSS) en Belgique : ce dispositif émane également du PSSI et se déploie à une échelle très locale (moins de 30 000 habitant.e.s). Ils ont pour objectif de réduire les inégalités sociales de santé en coordonnant la réalisation d’un diagnostic partagé entre tous les acteurs d’un territoire et la réalisation de projets qui améliorent la qualité de vie des habitant.e.s d’un quartier.
Les maisons de santé en Suisse : un dispositif de santé local qui a permis de financer du temps de travail dédié à la concertation, à la recherche et au travail non clinique pour les professionnels de santé.
Les centres de santé communautaires en France : ces dispositifs se pensent comme une alternative au système de santé français. Ils proposent d’intégrer une approche de santé communautaire et de promotion de la santé au cœur d’un centre de santé plus traditionnel.
De manière globale, chacune des présentations soulignait l’importance de la gouvernance participative et de la participation de toutes les parties prenantes territoriales. La collaboration entre le secteur social et santé était mise en avant comme une bonne pratique pour favoriser l’émergence de dynamiques positives et de projets collectifs sur un territoire.
Collaboration et bien-être des professionnels
Dans le secteur de la santé comme dans celui du social, les professionnels font souvent face à des situations complexes et difficiles qui peuvent affecter leur état de santé physique et mentale. En ce sens, la nécessité de prendre en compte la santé globale des travailleurs pousse les organisations et les équipes à développer des outils, des postures et des méthodes de travail qui les soutiennent à de multiples niveaux.
Plusieurs recommandations ont émergé de cet atelier et des échanges qui ont suivi :
Soigner la gouvernance de l’organisation, c’est-à-dire mettre en place des mécanismes qui déjouent les rapports de pouvoir entre les différentes professions au sein des équipes.
Adopter une posture réflexive dans l’optique de déjouer ses propres biais et de prendre du recul sur des situations complexes.
Créer des ponts et de la concertation entre les organisations qui sont concernées par une problématique.
Créer des opportunités qui permettent de prendre en compte une diversité des points de vue et qui favorise la participation de tous et toutes.
Outils de collaboration (y compris numériques)
La dernière session du colloque a permis d’aborder, au fil de quatre présentations, des projets de social - santé en lien avec le numérique.
Le projet de AIM2 en Belgique, qui a pour objectif de co-construire un outil d’intelligence artificielle inclusif pour les suivis post-rééducation.
Un projet d’outil numérique, destiné à accompagner les médecins dans le dialogue sur la vaccination, en particulier avec les patients hésitants ou méfiants.
Le projet de dossier unique de santé dans certaines maisons médicales belges.
Le projet de recherche d’une clinique communautaire au Bénin.
Ces présentations ont suscité beaucoup de questions de la part des participant·es. Les principales inquiétudes se situaient autour de la récolte et du partage des données de santé sensibles. Les intervenants ont appuyé l’importance de la collecte et du partage des données de santé pour pouvoir améliorer et faciliter le travail en équipe et le suivi. Toutefois, ils soulignent la nécessité de penser un cadre éthique du partage de données qui inclut les patient·es. Les échanges ont aussi porté sur les problèmes de non-recours que pouvaient engendrer, pour les publics précarisés, l’utilisation du numérique.
Pour conclure le colloque, Céline Mahieu rappelle la nécessite de continuer à construire des collaborations intersectorielles et interdisciplinaires. Elle souligne également l’importance de « dépasser l’éparpillement » des expériences et des projets afin de construire des savoirs scientifiques mobilisables pour l’avenir. La participation d’acteurs issus de plusieurs pays francophones non européens comme le Cameroun, le Canada et la Suisse était à ce titre tout particulièrement enrichissante pour parler de collaboration.
[1] EuroHealthNet & Centre for Health Equity Analytics (CHAIN) (2025). Social inequalities in health in the EU: Are countries closing the health gap? Brussels, 25 September 2025