Discours de la Pre Françoise Smets, rectrice
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Il est des moments où l’université se tait pour écouter.
Et d’autres où elle choisit de parler haut et clair.
Aujourd’hui est de ceux-là.
En remettant des doctorats honoris causa, l’UCLouvain ne se contente pas d’honorer des parcours remarquables. Elle affirme ce en quoi elle croit. Elle dit ce qu’elle estime devoir être transmis, défendu, porté dans un monde traversé par l’incertitude, la violence, la désinformation et la tentation du repli.
Le thème qui nous rassemble cette année – « Éclairer pour comprendre, résister pour avancer » – n’est ni un slogan, ni une posture.
C’est une exigence.
Une responsabilité.
Et, osons le dire, une forme de courage.
Car éclairer, aujourd’hui, n’est pas neutre.
Résister, aujourd’hui, n’est pas confortable.
Éclairer, c’est refuser l’obscurité des simplifications, des raccourcis, des vérités toutes faites.
C’est prendre le temps de questionner et de comprendre ce qui est complexe.
C’est faire évoluer nos programmes et enseigner l’esprit critique.
C’est chercher ensemble et se tourner résolument vers les solutions.
Résister, c’est ne pas céder à l’indifférence ou à l’immobilisme.
C’est refuser que la logique du profit ou de la performance dictent seuls notre avenir collectif, c’est refuser l’individualisme et la haine.
C’est cultiver joie et optimisme plutôt que de céder au découragement ou à l’anxiété.
Les trois personnalités que nous honorons ce soir incarnent cette double exigence.
Elles n’ont pas choisi la facilité.
Elles ont choisi la lucidité.
Elles ont choisi l’engagement.
Leur point commun n’est ni leur discipline, ni leur génération ou leur âge, ni leur pays d’origine.
Leur point commun, c’est d’avoir décidé de rendre visible ce que l’on préfère parfois ne pas voir, et de tenir bon là où beaucoup renoncent.
Izzeldin Abuelaish nous rappelle que la science et le soin sont des actes de paix.
Que même au cœur de la violence la plus extrême, il est possible de refuser la haine.
Que répondre à la perte, à l’injustice et à la guerre par la justice, le dialogue et la dignité humaine est un choix – un choix exigeant, profondément humain, profondément politique au sens le plus noble du terme.
Olivier Hamant nous invite à changer de boussole.
À interroger notre fascination pour la performance, la vitesse, la croissance sans limite.
À apprendre du vivant, non pas pour le dominer, mais pour nous en inspirer.
À préférer la robustesse à l’illusion de l’optimisation permanente, et à redonner à la science le temps long dont elle a besoin pour être juste, pertinente et féconde.
Salomé Saqué, enfin, incarne une parole journalistique qui refuse le cynisme et l’indifférence.
Une parole qui documente, qui questionne, qui dérange parfois – parce qu’elle prend la jeunesse, les inégalités, l’urgence climatique et la montée des extrêmes au sérieux.
Résister, pour elle, ce n’est pas s’opposer frontalement, mais penser collectivement, informer rigoureusement, et ouvrir des chemins d’action là où d’autres ferment le débat.
À travers ces trois trajectoires, c’est une même conviction qui se dessine : celle que chercher à comprendre est déjà une forme de résistance, et que résister est une condition pour avancer.
En tant qu’université, cette conviction nous engage.
Elle nous engage dans notre manière d’enseigner, de faire de la recherche, de débattre.
Elle nous engage dans notre rapport à la société, aux jeunes générations, aux grands défis de notre temps.
L’université n’est pas un refuge hors du monde.
N’en déplaise à certains qui remettent en cause son rôle et sa pertinence.
Elle doute et elle se remet en question.
Elle avance avec la société.
Elle donne la parole aux jeunes et les écoute.
Elle est un lieu où l’on apprend à regarder le monde en face.
À en saisir la complexité. A créer du lien. A construire des ponts.
Et à imaginer et construire, ensemble, des futurs plus justes et plus humains.
Ce soir, en décernant ces doctorats honoris causa, l’UCLouvain réaffirme son engagement.
Mais elle dit surtout son espérance.
L’espérance que la connaissance éclaire.
Que le dialogue résiste.
Et que notre engagement commun ouvre des possibles.
Très belle soirée à toutes et tous.